Un contrat de rêve

Ceci est une histoire vraie. Il y a quelques années, j’étudiais en autodidacte le schéma narratif : Story de Robert McKee, Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell, The Writer’s Journey de Christopher Vogler, etc. Autant vous dire que ma tête était pleine d’archétypes et de structure en trois actes. Tellement pleine que même mes rêves ont commencé à se structurer en : introduction, milieu et fin. Ce n’est pas une blague. À force d’étudier les histoires, mon cerveau pensait en histoire ! C’était assez étrange comme phénomène… et puis, il y a eu cette nuit où je me suis endormi le cœur gros suite à une énième déception amoureuse…

Cette nuit-là, j’ai rêvé d’un pays étrange où les femmes dirigeaient tout. Comme j’étais nouvelle, j’observais la vie des habitants et leurs rituels. J’ai vite compris que la base de cette société était fondée sur le mariage. Et quel rituel de mariage ! L’homme qui voulait épouser une femme devait lui offrir une boîte. Si la femme l’acceptait, elle y inscrivait tout ce qu’elle désirait : argent, célébrité, une grande maison, un joli jardin, un harem, une licorne, la lune… tout ce que son cœur désirait, elle l’obtiendrait. Il suffisait que les deux partis signent la boîte. Je crois que comme moi, vous auriez été très excité à l’idée qu’une simple boîte puisse réaliser tous vos rêves les plus fous. Je me promenais donc dans ce pays magnifique en rêvassant à tout ce que je pourrais obtenir avec une de ces boîtes. Ce genre d’évènement se prépare quand même, il ne fallait rien oublier. Il ne fallait pas se tromper.

Assise sur une bulle, je buvais un cocktail fait de nuage quand mon premier prétendant s’est présenté. Un magnifique spécimen d’homme, grand, brun, les épaules carrées et un sourire qui m’aurait extirpé un « Oui, je le veux » dès qu’il aurait posé un genou à terre. Mais il n’a pas ployé le genou (c’était un rêve après tout, pas la réalité).

— Hey, qu’il m’a fait en glissant une boîte sur le comptoir.
— Hey, que je lui ai répondu en réceptionnant la boîte.

Heureusement que j’avais mon sourire coquin et mon air détaché pour sauver les apparences, parce qu’en moi je sautillais comme un français devant un pot de nutella de 5 kg. C’était mon tour ! À moi le bonheur, l’océan, l’argent et les poneys ! Cette boîte n’avait aucune limite d’espace, j’y gribouillais tous mes désirs, tout ce qui me passait par la tête. Ma vie allait être un véritable rêve ! D’un geste majestueux, j’ai signé la boîte et je l’ai rendue à l’homme pour qu’il la signe à son tour. Il a éclaté de rire. Mon cœur s’est serré. Il a jeté mes rêves au loin et s’est éclipsé. Était-ce le Yacht qui était de trop ? Ou peut-être le vrai de vrai dragon cracheur de feu ? J’avais pourtant précisé que je le voulais bébé (question qu’il ne soit pas sauvage avec nous). Toujours est-il qu’il n’avait pas signé…  

Les rues du pays me semblaient un peu plus sombres, et pas seulement parce que l’asphalte-caméléon changeait de couleur sous mes pas. Les fées enfermées dans les lampadaires venaient de s’éveiller pour remplacer la lumière du jour. J’errais. La honte me ressassait toutes les conneries que j’avais pu écrire sur la boîte. Pas étonnant que cet inconnu n’avait pas signé. Je suis rentré dans une boutique pour m’acheter de la glace au chocolat et Jupiter. Jamais goûté les éclats de Jupiter, mais si ça ressemblait à du coulis de Mars, ça ne pouvait qu’être bon. J’en étais à patienter à la caisse quand j’ai entendu un toussotement derrière moi. Quelqu’un venait de me glisser une boîte… Je connaissais cet homme, même en dehors du rêve. Là-bas dans la réalité, il était mon ami. M’enfin, il était mon ami à temps partiel… Cela faisait une dizaine d’années qu’il allait et venait dans ma vie, tantôt acceptant que l’on ne soit qu’ami, tantôt me rejetant parce que ses sentiments étaient trop forts et le faisaient souffrir. Vous savez ce genre de gars qui signerait n’importe quoi pour être dans une relation amoureuse avec vous ? Il n’osait pas me regarder… encore moins la boîte. Lui, il signerait pour le Yacht et le dragon, que je me suis dit. Mais je ne veux pas être coincé avec lui pour le reste de ma vie.

Je lui ai rendu sa boîte, sans rien y inscrire. J’ai payé ma glace et je suis sortie dans la nuit. Des nébuleuses coloraient le ciel et se reflétaient dans les rues-caméléons. Ma glace chocolat et Jupiter à la main, je me suis dit que si l’homme que j’aimais m’offrait un jour une boîte, je n’y inscrirais qu’un seul mot : bonheur.

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Cet article a 1 commentaire

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