Le cliché

Qu’est-ce qu’un cliché ?

Le cliché (ou le stéréotype) est apparu au  xixe siècle. Loin d’être ce vilain mot qui hante tout écrivain moderne, il était alors une technique de reproduction utilisé dans l’imprimerie servant à copier exactement un texte ou une page imprimée. Aujourd’hui, le cliché et le stéréotype sont devenus des figures de style mal aimées qui désigne l’emploi d’une expression banale ou des éléments narratifs trop utilisés et manquant d’originalité.

Le premier qui compara la femme à une rose était un poète, le second un imbécile. Gérard de Nerval

Les phrases toutes faites

Son cœur battait la chamade. Des cheveux couleur de blé. Des yeux profonds comme la mer. Il entra en trombe…  Son sang se figea dans ses veines. Depuis des lustres.

Ici nous retrouvons le cliché en tant que figure de style. Il s’agit de toutes ces phrases et expressions que nous copions et collons telles quelles dans nos textes. L’avantage de ces clichés est que tout le monde comprend ce que l’on veut dire même si 90% du temps l’on ne connait pas l’origine de l’expression. Par exemple, saviez-vous que dans l’expression « battre la chamade », la chamade faisait référence au roulement de tambour ou à la clameur de la trompette utilisé lors d’une bataille pour signifier que l’on souhaitait ou bien se rendre, ou bien une trêve le temps de ramasser ses morts ?

Personnellement, je ne le savais pas…  je ne sais pas non plus pourquoi « des lustres » c’est long ou pourquoi  nous avons « des papillons dans le ventre ».  Au final, les clichés sont des métaphores vidés de leur sens. D’où le désavantage premier de leur utilisation : en les utilisant, on croit faire joli, mais en fait on écrit des mots vides.

Les personnages

Un détective devenu cynique depuis la mort de sa femme se noie dans le whisky et le travail. Il va bientôt prendre sa retraite… mais il doit d’abord enquêter sur un dernier meurtre.

Ce personnage, nous l’avons vu mille fois et pourtant il est parfois excellent et parfois un terrible cliché. La différence entre le bon personnage et le mauvais personnage est sa profondeur. Tout comme les expressions figées, il arrive qu’un personnage soit vide en substance, c’est-à-dire qu’il n’a pas de décalage entre son caractère et sa caractérisation, pas de conflit interne intéressant ou pire pas de défauts.

Le cliché du méchant est un méchant-méchant (cruel, tue ses propres hommes, veut détruire le monde ou le pouvoir absolu) et qui… euh… ah non c’est l’entièreté du personnage en fait. A côté nous avons des méchants comme Dolorès Ombrage de la saga Harry Potter. En apparence, elle est une dame distinguée affectionnant le rose et les chatons. Par contre, son être est une femme cruelle et autoritaire. C’est ce décalage entre son caractère et sa caractérisation qui fait d’elle un excellent personnage. Thanos de la série de films Avengers est un autre exemple de méchant réussi. Son but lui demande des sacrifices et par ces tiraillements internes, l’on aperçoit son humanité. Le personnage est réussi parce que l’on ressent ses conflits internes. Comme méchant de conte, nous avons le terrible Barbe-bleue, dont le bleu de la barbe et la réputation font trembler les gens du royaume. Malgré ces défauts, il ne kidnappe pas son épouse comme un vilain ogre, mais l’appâte avec ses richesses. Mari ou ennemi ?  C’est cette interrogation qui fait avancer le conte. Que cache la petite pièce interdite ? Qui est réellement Barbe-Bleue ?

Un personnage cliché est un personnage vide. Une coquille que l’on a copiée/collée, mais que nous n’avons pas pris le temps de développer. Par exemple, un héros parfait, tout puissant qui ne trouve jamais adversité à sa taille ne nous apprend rien sur nous-mêmes ou sur la vie. Le lecteur ne va donc pas s’y identifier. Même si ce personnage porte en étendard  toutes les plus belles valeurs du monde, on préférera toujours un Gollum ou un Tyrion.

Dolores Ombrage - de la saga Harry Potter
Gandalf- Lord of the rings

La différence entre l'archétype et le cliché

La preuve que le cliché n’est pas seulement un élément vu est revu est l’archétype. Merlin, Gandalf, Morphéus, Yoda sont tous des mentors — un archétype qui revient inlassablement dans les histoires et que l’on adore toujours autant. La différence entre le cliché et l’archétype est que le cliché vide un personnage de sa substance, tandis que l’archétype l’emplit. Prenons encore l’exemple du méchant. Un bon méchant est un adversaire qui peut nous renvoyer à ce qu’il y a de vicié en nous. L’archétype du méchant représente donc une part d’ombre de notre psyché (avarice, jalousie, luxure, haine, volonté de tout contrôler, la souffrance d’un deuil, etc). Le cliché du méchant veut détruire le monde pour détruire le monde…  Bref, le cliché est l’apparence d’une jolie métaphore, mais sans substance.

Conclusion

Au final, le cliché est un copier/coller sans profondeur. Il s’agit de toutes les fois où par paresse ou ignorance, nous avons fait appel à des idées ou des mots qui n’étaient pas les nôtres. Tout auteur écrit forcément des clichés à un moment ou à un autre (surtout dans ses débuts), puisque l’on ne peut pas sans travail ni expérience créer des personnages multidimensionnels, des histoires profondes sur le sens de la vie et le tout brodé de mots cousus à la soie de la main de chérubins. Et puis, à trop vouloir être original, on fini souvent par faire du bon gros guano.

Plutôt que de faire la guerre au cliché, il suffit de prendre conscience de ce qu’ils sont et de les utiliser comme marqueurs. Mes personnages sont trop clichés ? Peut-être devrais-je travailler mes caractérisations et mes conflits. J’ai écrit dix « Elle soupira. » et cinq « Son cœur battait la chamade » en moins de deux pages ? Peut-être est-ce le moment de travailler mon style d’écriture et mes figures de style.

Comme disait le grand Kitty, un pas à la fois, le reste suivra.

Pour un exemple de personnage parfait tout puissant qui ne trouve jamais adversité à sa taille…

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