La pire histoire du monde

Pour en apprendre plus sur le cliché

Le soleil trônait dans le ciel azur de Montpellier. Les pigeons roucoulaient dans les terrasses bondées et les habitants riaient autour de leurs crêpes, cafés et délicieux Mojitos. Mary Sue, quant à elle, grelottait à un arrêt de bus new-yorkais sous une pluie drue. Elle avait une peau de porcelaine, de longs cheveux de sirène et une bouche de nymphe. Bien qu’elle se trouvait moche comme un pou, tout le monde la trouvait sublime. On la complimentait souvent sur ses grands yeux dont un était bleu et profond comme la mer et l’autre améthyste comme les coquillages d’Ariel. Tout le monde s’extasiait toujours des heures durant devant ses yeux, comme hypnotisé par le regard d’une déesse. Mais Mary Sue les détestait. Améthyste n’était pas une couleur normale pour un œil, alors elle le cachait derrière ses longs cheveux de feu. “Je veux juste être normale», disait-elle à Kitty son animal de compagnie.

Le bus arriva enfin, mais le chauffeur refusa de la laisser monter à cause de Kitty.

— Quoi ?! Mais c’est insensé ! s’indigna Mary. C’est de la discrimination envers les animaux, ce que vous faites là.

Rien à faire le chauffeur ne voulait rien savoir. Juste au moment où les portes du bus se refermaient, Mary les bloqua de sa main en soupirant.

Bon puisqu’il le faut.

Elle découvrit son œil améthyste et lança un regard tout kawaii au chauffeur.

— S’iiil-voouuuuus-plaaaaaait monsieur le chauffeur. Je vais être en retard sinon.

Les portes s’ouvrirent aussitôt et Mary put entrer avec Kitty, son tigre de compagnie.

Arrivée devant la Maison-Blanche, Mary eut un moment de stress. Elle n’avait que 16 ans après tout, peut-être que le poste de vice-président était trop pour elle. Elle soupira longuement.

— Moi je crois en toi Mary, rassura Kitty. Tu es exactement ce que ce monde a de besoin.

Mary en eut les larmes aux yeux. Elle aimait tellement son gentil Kitty du Bengale. Elle le serra très très fort et le remercia pour son support. Depuis que son père était mort, elle n’avait plus que lui.

— Bonjour Stan ! fit Mary
Bonjour Mary ! fit Stan
— Ça va ? demanda Mary
Oui, très bien, et toi ? demanda Stan
Un peu stressée, fit Mary. Je viens pour le poste de vice-président.
Tu as amené ton tigre à la Maison-Blanche ? s’étonna Stan
Oui, mais il est gentil, répondit Mary.
Ah ok, fit Stan. C’est par ici.

Le garde Stan l’entraîna dans les couloirs de la Maison-Blanche direction le bureau du président. Comme toujours, les gens hurlaient et couraient en tous sens à l’approche de l’imposant animal noir et orange. Mary serra les dents. Elle aurait aimé leur crier dessus qu’ils n’étaient que des lâches égoïstes et fermés d’esprit. On jugeait toujours Kitty sur son apparence de fauve quand en réalité il était le plus gentil animal qu’on pouvait rencontrer. Pour preuve Kitty avait bondi sur un garde et lui mordillait gentiment l’épaule pour lui montrer qu’il était tout à fait disposé à jouer avec lui, malgré le fait qu’ils n’étaient pas de la même espèce. Mary serra les poings, plus décidée que jamais à devenir vice-présidente.  Avec ses nouveaux pouvoirs, elle pourrait enfin faire avancer les choses et conscientiser les gens contre le spécisme ! Les États-Unis d’Amérique allaient devenir le premier pays Vegan à vivre en harmonie avec les animaux et la nature. Son premier décret sera d’ailleurs d’ouvrir les cages de tous les zoos afin que les lions, les ours, les girafes et tous les autres puissent enfin vivre comme de véritable citoyen américain.

Stan lui ouvrit la porte du bureau présidentiel.

— Sois sage Kitty, lança Mary. J’en ai pour quelques minutes.
Ok, répondit le tigre.
Bon Dieu ! fit une vieille dame en entendant le tigre parler juste avant de s’effondrer raide morte.

Le président était au téléphone. Les sourcils froncés, le ton coléreux et un au revoir craché, Mary en déduisit, grâce à son intelligence hors norme, qu’il n’était pas dans son assiette. Le président raccrocha violemment le combiné.

— Ça ne va pas ? demanda Mary. Quelque chose vous inquiète ?

Le président fondit en larme.

— Vous êtes la première personne à me demander comment je vais. Ce travail est trop prenant. Tout le monde me déteste alors que je fais de mon mieux et il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Je n’ai pas de répit, c’est atroce !
Oh… pauvre président.

Elle s’approcha de lui et lui gratta derrière l’oreille.

— Là, là… tout va bien aller. Vous êtes un bon président, monsieur le président.

Une fois rassuré le président renifla longuement et leva un regard rempli d’espoir à Mary.

— Vous vouliez me voir ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal encore ?
— Oh non ! Rien monsieur le président. Je suis là pour le job de vice-président. Je sais que j’ai l’air jeune, mais j’ai trois doctorats et j’ai été présidente de mon département des sciences…
N’en dites pas plus, vous êtes engagée !
Pour de vrai ?
De vrai de vrai ! Voici votre badge. Je peux le voir dans vos yeux. Vous êtes celle qu’il nous faut.

Mary sauta en hurlant de joie. Enfin ! Enfin, elle avait le pouvoir de rectifier tout ce qui allait mal dans ce pays ! Elle sortit en gambadant, et tomba sur une équipe SWAT qui encerclait son pauvre Kitty.

— Baissez vos armes ! cria Mary.
— Désolé mademoiselle, mais un tigre n’a rien à faire à la Maison-Blanche.
Je suis la vice-présidente, hurla-t-elle en montrant son badge. Je vous ordonne de laisser tranquille mon Kitty sur le champ, de vous désaper et de vous rouler des pelles.

Un moment de flottement plana dans la salle. Quelques jeunes filles se regardaient amusées par la tournure de la situation.

— C’est un ordre, répéta Mary d’un ton qui ne laissait place à aucune protestation.

Les douze membres de l’équipe SWAT baissèrent leur arme doucement et commencèrent à déshabiller leur corps d’Apollon sous les sifflements et les encouragements de la gent féminine. Le plus jeune commença à pleurer. Mary lui claqua une fesse en sortant de la Maison-Blanche  accompagnée de Kitty son tigre. Ça leur apprendra à s’en prendre à son meilleur ami. Faites l’amour et pas la guerre, disait-elle toujours.

Un cri  déchira le ciel. Mary leva la tête juste à temps pour voir un monstre énorme atterrir devant elle.

— Un dragon ! s’exclama Kitty.

Un homme musclé descendit de la bête avec l’agilité d’un ninja. Il avait des yeux d’or et des cheveux noirs comme la nuit. Une cicatrice au sourcil lui donnait un air de bad boy qui chatouilla l’entrejambe de Mary. L’homme ancra son regard dans celui de Mary. Mary se croisa les bras. Il haussa un sourcil. Elle soupira. Il soupira. Tous les gens autour soupirèrent. Kitty grogna. Le dragon éternua et crama une voiture. Mary jeta un regard noir à l’homme. L’homme haussa les épaules. Mary soupira. L’homme soupira. Kitty soupira.

— Qui es-tu et que viens-tu faire dans mon royaume ? lui lança Mary.
— Je suis Gary Stu, fils du roi Barbaros et de la déesse Gaïa. Et voici mon fidèle compagnon, un dragon légendaire. Le dernier de sa lignée et le plus puissant.

L’énorme dragon noir poussa un rugissement.

— Je l’ai recueilli quand il n’était qu’un œuf pour le sauver de l’humanité méprisante. Je n’étais alors qu’un paysan, puisqu’on m’avait caché mon identité. De tout temps l’humanité a cru…
— Oui bon ça va, soupira Mary. Je t’ai demandé qui t’étais et ce que tu voulais, pas un flashback qui va gruger la moitié de mon histoire.
Ton histoire ?! ricanna Gary. Je suis venu mettre un terme au spécisme des humains en devenant vice-président. Je n’ai jamais voulu de ce poste, mais bon je n’ai pas le choix.
Trop tard ! fit Mary en lui tirant la langue et en lui montrant son badge. C’est moi la vice-présidente !
Du coup… celui qui a le badge est vice-président ? demande Gary
C’est ça !

Gary dégaina son épée.

— Ce royaume est trop petit pour nous deux. Donne-moi le badge et j’épargnerai ta vie.
— Insolent ! cracha Mary. Kitty go !

Le tigre bondit sur l’homme aux yeux dorés, mais le dragon se jeta devant lui à la dernière minute.

— Peanut ! Attaque éclair ! cria Gary
— Peanut ? fit Mary T’as appelé ton dragon peanut ?
Oui, bah il était vachement plus petit à la naissance. Ai-je mentionné que j’étais orphelin ? M’enfin, mes parents adoptifs ont été massacrés pendant que…

— KITTY ! NOOOOON !

L’attaque éclair avait percuté de plein fouet Kitty qui était tombé sur le flanc, la langue pendante. Mary se jeta sur son ami. Du sang entachait sa magnifique fourrure de feu.

— Je suis désolé ! lança Gary. J’ai pas fait exprès. Oh mon dieu ! Qu’ai-je fait ! J’étais venu ici pour mettre fin au spécisme, et j’ai… j’ai… JE SUIS UN MONSTRE !!

Mary n’écoutait pas Gary, le nez enfoui dans la chaire de son meilleur ami elle pleurait à chaudes larmes. Une lumière blanche enveloppa le corps de l’animal et nettoya ses plaies. Kitty grogna, puis tourna la tête vers Mary.

— Kitty !
— Mary… je… est-ce que j’étais…
Mort ? Oui, mais je t’ai ramené à la vie avec mon pouvoir.
Ton pouvoir ? demanda Peanut d’une voix suraigu.
Mon père n’était qu’un simple gardien de zoo, c’est lui qui m’a offert Kitty avant sa mort. Mais ma mère… ma mère est Tiamat. La déesse des mers et de tous les dragons.
Il me semblait bien que tu me disais quelque chose, siffla Peanut. Gary, je ne peux pas lui faire du mal. C’est ma soeur !
En fait je n’ai jamais voulu lui faire du mal, avoua Gary. Je suis désolé pour ce qui est arrivé à Kitty… je voulais juste t’impressionner. Tu es si belle et…
Mais non… je suis tout à fait banale comme fille, fit Mary en détournant ses joues rouges.
Non ce n’est pas vrai. Tu es extraordinaire, et pas seulement parce que tu es une demi-déesse. Je le vois dans tes yeux. Stp, marie-moi Mary !

Elle soupira et hocha la tête. Gary la releva d’une main et l’embrassa au milieu des applaudissements des Américains qui n’avaient rien manqué de cette magnifique scène. Son baiser était passionné et sucré. Mary en avait des papillons dans le ventre et son cœur battait la chamade. Le temps s’était figé et pendant un instant elle croyait rêver. Puis, elle en fut certaine, elle rêvait.

Marie Sullivan se réveilla en sueur. Kitty son chaton tigré sauta dans le lit pour des gratouilles derrière l’oreille. Marie frotta ses yeux aussi bruns que ses cheveux et attrapa son téléphone pour texter son ami Gary Stuart.

Mary
OMG !! Je viens de faire le pire cauchemar EVER !!

Gary
POURQUOI TU ME TEXTES ??!! Y EST FUCKING 3H DU MAT !!

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